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# le 1er portail gay
et lesbien de Normandie - |
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L’info sur la vie
gay en Normandie Interview |
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CONTACT NORMANDIE. Mon fils est homo par Fred
septembre 2008 |
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Le coming out est un acte difficile pour les homos
aujourd’hui. Du côté des parents, la situation n’est pas aussi simple que
l’on pourrait l’imaginer. Les parents font toujours des projets pour leurs
enfants.. « il fera cela, il aura des enfants.. etc.. ». Aucun ne
pense à « mon fils sera homosexuel. ». Les associations
homos-parents sont là pour aider à comprendre, à expliquer, à dédramatiser.
C’est le sens de l’association Contact et notamment sa petite délégation
normande avec Jérôme l’animateur de la délégation. Rencontre… Gaynormandie.com : L'association Contact,
qu'est-ce-que c'est ? Jérôme : « Certains
de nos enfants ou de nos proches qu’ils soient filles ou garçons, vivent
l’amour autrement. Ils sont attirés par des personnes de même sexe. Pour eux,
les difficultés ne manquent pas. Ne sachant pas à qui en parler, n’osant se
confier à leur entourage par peur de sa réaction, ils se croient seul au
monde dans cette situation. Nous pouvon les aider à nous en parler, nous
pouvons les aider à vivre, sans les juger. » L’association Contact ,
Dialogue entre les parents, les gays et lesbiennes, leurs familles et
amis, résument bien le texte ici cité.
Gaynormandie.com : sur la Normandie, elle est
apparue quand ? Et concerne-t'elle toute la Normandie dans son ensemble ? Jérôme : Elle est
apparue il y a environ une dizaine d’année. Elle fut créée par deux mamans
d’homos qui sont aller séparément à une réunion ouverte au local de Paris pour
se renseigner et témoigner. Au vu de ce dernier, Contact Paris leur a donné
confiance et les a incité à créer une association sur Rouen comme il en
existe d’ailleurs partout en France. Oui, Contact Normandie concerne la Haute et la Basse
Normandie, son siège est localisé à Rouen, 10 rue aux Ours. Gaynormandie.com : Et toi ? Pourquoi tu t'es
engagé dans cette aventure (depuis quand) ? Vous êtes plusieurs ? Jérôme : Il y a 4
ans, lors de mon Coming out qui ne s’est pas forcément bien déroulé (et oui
ça arrive encore, rire) j’ai fait le tour des associations de
Rouen. Contact m’a accueilli différemment des autres, et surtout j’y ai
rencontré des parents puisqu’à la base l’association est une association de
parents d’homos. Leurs témoignages, leurs mots m’a appris que la tolérance
existait et j’ai aussi grâce à Contact pu apprendre que j’avais pu faire
souffrir également mes parents. S’assumer homosexuel et le vivre bien est un
travail personnel propre à chacun tout comme accepter que son enfant est gay
ou lesbien ou bi. J’ai rapidement proposer mon aide car quand une
association est saine, et aidante on ne peut que tenter de la faire croître
en retour. Je suis devenu président il y a deux ans. Nous sommes à ce jour une quinzaine d’adhérents et mon
engagement est de faire venir à nouveau des parents qui manquent de plus en
plus à l’appel Gaynormandie.com : Finalement, l'association
s'adresse plus aux hétéros qu'aux homos ? Comment s'impliquent-ils dans
l'association ? Jérôme : Absolument
c’est une association à la base pour les parents d’homos. Comme je vous l’ai
déjà dit ce sont deux mamans qui l’ont créées, voilà comment elles se sont
impliquées. Quelle plus belle implication que de donner naissance à une telle
association de la part de deux mamans, non ? Par la suite l’association a toujours été présidée par des
mères ou des pères, ce n’est que dans les dernières années où la présidence a
tournée. Néanmoins je persiste à croire que les parents vont à nouveau se
mobiliser… Gaynormandie.com : Concrètement, aujourd'hui que
faites-vous sur le terrain ? Votre action est-ce principalement le règlement
des conflits entre parents/enfants homos... organisez-vous des manifestations
? Jérôme : Nous
sommes premièrement une association d’écoute, le numéro de l’asso est le
06.84.11.69.44 Deuxièmement le sigle Contact est agréé Ministère de
l’éducation Nationale, nous pouvons donc intervenir auprès des jeunes en
milieu scolaire. C’est d’ailleurs déjà arrivé à plusieurs reprises. Tous les deux ou trois mois nous organisons une réunion
ouverte ou chacun peut s’y rendre, s’exprimer ou non et ainsi entendre
différents témoignages Enfin nous essayons de participer à chaques manifestations
gays au niveau local et régionale ( marche des fiertès de Rouen et Caen,
Marche contre l’homophobie, colloques, journées du souvenir des
déportés,….).
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Gaynormandie.com : Qui contacte l'association en
premier... les enfants homos ou les parents hétéro ? Jérôme : Nous
avons différents appels ou contacts. Il n’y a pas plus d’homos ou de parents, cela se tient. L’association a surtout besoin de se faire connaître et de
croître car même si elle aide deux ou trois familles par an, elle a son
importance et pourrait en aider tant d’autres encore. Gaynormandie.com : Vous cherchez des bénévoles...
comment cela se passe ? Jérôme : Au vu de
ma réponse précédente, c’est un grand oui que je lance à tous les forumeurs
et forumeuses ou simple lecteurs du site Gaynormandie. Nous vivons dans une époque de plus en plus
individualistes, mais ne baissons pas les bras, ayons la force de nous battre
et de montrer au travers de Contact cette belle image d’une mère fière de son
fils homo. Toutes personnes intéressées ne serait ce que pour
distribuer des tracts ou tout simplement de parler de l’association est la
bienvenue. Il vous suffit d’appeler l’association Gaynormandie.com : Quels sont vos projets ? Jérôme : Intervenir
dans le milieu scolaire, s’afficher et se développer au sein de la Normandie
toute entière et ainsi donc sortir de Rouen. Proposer à un public plus large les deux brochures
gratuites que Contact France a éditée. Mobiliser, aider de nouveaux parents et ainsi peut être
repasser le flambeau Gaynormandie.com : Comment faire pour contacter l'association
(adresses, contacts, mail, site internet) ? Contact Normandie - 10 rue aux Ours - 76000 Rouen Tél : 06.84.11.69.44 - jerome_joron@yahoo.fr Site internet national : www.asso-contact.org/ Gaynormandie.com : Un dernier mot ? Jérôme : N’ayez
pas peur, le seul risque que l’on prend quand on franchit les portes de
Contact c’est de s’y plaire et d’y rester. L’association met à disposition une brochure
« Notre enfant est homosexuel ».
Une brochure qui tente de
répondre aux interrogations et aux inquiétudes des parents ou des jeunes
confrontés à l'homosexualité, d'enrichir leur réflexion et leur connaissance
sur le sujet, en combattant les préjugés; qui vise à faciliter le dialogue et
la compréhension entre les homosexuel(le)s et leur entourage.
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Tél : 06.84.11.69.44 - jerome_joron@yahoo.fr ;
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Témoignages… |
parents – enfants (Contact Normandie) |
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Témoignage de David
Je m'appelle
David et j'ai 28 ans. Jusqu'à
22 ans, déjà tout petit, je me sentais
attiré par des garçons mais je me le cachais complètement. J'ai pris
conscience très tôt qu'il n'était pas bon d'être différent des autres. Je ne
voulais pas que l'on se moque de moi comme on le faisait avec ceux qui n'étaient
pas « normaux » : les pédés, les tarlouzes, les lopettes, les
pédales, les tantouzes... Comme beaucoup d'autres, j'avais assimilé
l'homosexualité à quelque chose de dégoûtant, d'anormal. J'ai lutté longtemps
pour évacuer ces « mauvaises pensées » de ma tête. Entre 15 et 22
ans, je suis sorti avec quelques filles (6 ou 7 il me semble). À chaque fois,
c'était un effort surhumain d'aborder les filles mais je mettais cela sur le
compte de la timidité. Quand mes copains d'école au collège et au lycée parlaient
des filles, je n'arrivais pas à m'intéresser à ce qu'ils disaient. Pourtant, je
n'étais pas une « tarlouze » donc je devais sortir avec des filles
pour que mon honneur soit sauf. Les autres savaient que j'étais déjà sorti
avec des filles… OUF !! Seul petit
problème, quand on fait du sport au collège et qu'on est à l'internat au
lycée, il y a des moments où on devait se laver dans les douches communes.
Encore une fois, je me disais que j'étais timide, ce qui expliquait mon
malaise quand je montrais mon corps et que je voyais le corps des autres
garçons. Je me sentais de plus en plus mal, et le simple regard sur le corps
d'un copain me faisait rougir. Je me forçais à penser à quelque chose de
désagréable pour ne pas avoir de réactions physiques visibles (enfin vous
voyez ce que je veux dire…) qui m'auraient trahi. Puis, je me
suis retrouvé en classe préparatoire scientifique à Orléans. Je me sentais de
plus en plus mal psychologiquement. Je me rendais bien compte que je me
sentais attirés par certains beaux garçons. Mais je me réfugiais dans le
travail. J'avais tellement honte que j'essayais de ne plus y penser. C'est à
cette époque que j'ai commencé à confier mon secret « honteux » à
l'infirmière du Lycée. Celle-ci n'a jamais porté de jugement sur ce que je
lui disais. Après lui en avoir parlé, j'étais mieux pendant quelques jours.
J'avais l'impression que c'était une « une passade » qui allait
partir si j'en parlais. Puis j'ai
intégré une école d'ingénieurs qui se trouvait à Paris. J'ai passé encore un
an à me mentir, j'étais de plus en plus mal psychologiquement et mes
relations avec les filles ne menaient à rien. Les filles m'aimaient bien,
sans plus, et moi je n'étais pas très impliqué. J'ai
accepté mon homosexualité à 22 ans Puis, le 13 juillet
1997, en fin de matinée (je me vois encore dans la rue à ce moment là), alors
que je me forçais une fois de plus à regarder les filles, ce fut la
révélation : « Arrête de te mentir, tu préfères regarder les
garçons. » Je me fais
draguer par un garçon, il me parle, je « vole », il est beau, je
suis déjà amoureux, on s'échange nos numéros de téléphone, on se fait la
bise, il s'en va. Mon copain ne comprend pas ce qui se passe (il est hétéro
et pensais que je l'étais) mais je m'en fous, je ne veux plus passer à côté
de ce que je ressens. Les mois qui suivirent restent à jamais gravés dans ma
mémoire. C'est à ce moment là que j'ai rencontré Philippe avec qui je suis
resté quelques mois. Ce fut ma première véritable histoire d'amour. Nous
avons découvert ensemble un monde que nous n'imginions même pas. Enfin
l'homosexuel n'étais plus vu comme quelqu'un de négatif et repoussant, mais
au contraire attirant, intelligent, drôle, beau… C'est l'époque des bars, des
boites de nuit, de l'amour, des soirées entre homos,… Une énergie énorme
m'animait : je vivais enfin mon adolescence (à 22 ans). C'est alors
que j'ai annoncé mon homosexualité à tous mes amis hétérosexuels et à ma
famille. Personne ne m'a repoussé. On m'aimait avant, on était prêt à m'aimer
après. C'est plutôt moi qui ai pris un peu de distance car je voulais vivre
avec mes semblables, les seuls qui pouvaient me comprendre. Avec du recul, je
ne regrette pas cette période entourée d'homos car ce temps m'a permis de me
structurer, de devenir plus fort, d'être moi. C'est là que j'ai puisé la
force pour affronter ma famille, mes collègues de travail, le boulot, la
société. Désormais je ne me laisserais plus dicter comment je devais être ou
ne pas être. J'étais moi, David, homosexuel, aimant les garçons et prêt à le
crier partout ! Quand
je l'ai dit à ma famille J'ai commencé
à le dire à mes frères et sœurs. On m'a conseillé de ne pas le dire à ma mère
tout de suite car ce n'était "pas le moment"… et quand je l'ai dit à
ma mère, elle m'a reproché de ne pas lui avoir dit avant mes frères et
sœurs ! Je l'ai dit à ma mère sur le quai de la gare, avant mon retour à
Paris. Elle m'a dit avoir un peu pleuré dans la voiture en rentrant à la
maison. Depuis, elle a posé beaucoup de questions et rencontré deux de mes
petits copains (dont le dernier avec qui je vis depuis trois ans). Mes frères
et sœurs l'ont très vite accepté (même s'ils pensent que ce n'est pas très
naturel !) et ont aussi invité et rencontré mes petits copains chez eux.
Pour mes cousins et cousines, c'est moins facile. Cela reste tabou mais les
choses évoluent à grands pas ces derniers temps car ils ont rencontré Damien
mon copain. C'est moins facile de l'ignorer quand on le connaît. Ma cousine
avait quand même dit à ma mère qu'il n'était pas question que je vienne chez
eux avec mon petit copain. Elle a changé d'avis depuis. D'autres ont dit à ma
mère : « Ne t'inquiètes pas, c'est un passade, c'est la mode dans
ce milieu d'ingénieurs… ! ». Je l'ai dit à
mon père cet été, il souhaite rencontrer mon copain… affaire à suivre. Je
connais la famille de mon copain depuis deux ans mais je ne suis allé chez
eux pour la première fois qu'à Pâques cette année. La situation évolue aussi
de ce côté là. Aujourd'hui Je milite à
l'association CONTACT depuis 4 ans et j'ai beaucoup évolué au contact des
mères, pères, frères et sœurs, homosexuels et lesbiennes de l'association. Je
suis aujourd'hui un bénévole actif de l'association. J'écoute et j'aide ceux
qui ont du mal à vivre leur homosexualité dans leur entourage, ou ceux qui
ont du mal à accepter l'homosexualité d'un proche. David Témoignage de Catherine « Ma fille est homosexuelle » Catherine 50 ans, est maman de deux enfants, Caroline 20 ans
et Éric 16 ans. Depuis trois ans, elle sait que sa fille est différente et ne
se mariera jamais avec un homme… « Voilà
longtemps que j'avais le pressentiment que ma fille était homosexuelle, sans
me l'avouer. Petite, quand Caroline partait en colonie de vacances, elle
craquait toujours pour des monitrices, à l'âge où les gamines s'entichent
plutôt de leur moniteur. Je me posais des questions, sans trouver de
réponses. Et puis ma fille s'est mise à me lancer de plus en plus de perches,
par exemple en me parlant de films qu'elle souhaitait voir et qui traitaient
de l'homosexualité. Elle disait aussi très souvent qu'elle n'était pas prête
d'avoir des enfants. Je rassemblais
tous ces indices, sans en tirer vraiment de conclusion. Mais il y a trois
ans, je me suis permise de lire des notes qui traînaient sur son bureau.
Caroline y racontait qu'elle était attirée par d'autres filles, elle parlait
de l'amour entre personnes du même sexe. C'était très explicite. Mes doutes
ont été confirmés : ma fille qui avait alors 17 ans était homosexuelle.
Mais pour me rendre complètement à l'évidence, j'avais besoin que Caroline me
le dise elle-même. J'avais préparé une petite liste de sujets dont je voulais
discuter avec elle sur son école, son orientation. J'avais inscrit cette
question parmi d'autres : et tes préférences ? Elle m'a répondu très
simplement : je préfère les filles. Lors de cette
première discussion, nous ne sommes pas allées plus loin. À l'époque, ma
fille vivait bien son homosexualité. Elle avait 17 ans, tout s'ouvrait à
elle, elle se sentait très bien dans sa peau. Elle n'éprouvait pas le besoin
d'en parler et je me suis retrouvée très seule face à cette révélation. Même
si j'étais sûre de ce qu'elle allait répondre, cela a quand même été un choc.
Je me suis soudain sentie enfermée dans un placard de silence, une cellule aux
parois très rapprochées. Je me suis
évidemment demandé ce que j'avais raté dans son éducation, les erreurs que
j'avais pu commettre. Mais cette culpabilité est passée assez rapidement. En
revenant en arrière et en constatant que Caroline avait toujours été attirée
par les filles, j'ai fini par me dire que je n'y étais sans doute pour rien.
Je ne me sentais pas honteuse non plus, je ne redoutais pas le
« qu'en dira-t-on ». Je me
faisais tout simplement du souci pour ma petite fille, j'avais peur de
l'incompréhension des autres. Elle allait faire partie d'une minorité, je
craignais qu'elle soit discriminée, agressée, qu'elle vieillisse seule,
isolée au milieu des autres, qu'elle ne puisse pas avoir d'enfants alors
qu'elle les adore. En plus, j'ignorais tout de l'homosexualité, de la façon
dont vivent les homosexuels, ce qu'ils ressentent. J'avais bien des amis
homos mais nous n'avions jamais abordé ce sujet ensemble. J'étais face à
l'inconnu et c'est surtout cela qui m'angoissait. J'ai alors
cherché à m'informer à tout prix. Je suis allée sur Internet pour participer
à des groupes de parole et de discussions. J'ai pu poser toutes les questions
que j'avais dans la tête à des homos et parents d'homos. Au début, je n'avais
qu'un seul but : comprendre pourquoi. Toutes les réponses qu'on m'a fait
allaient dans le même sens. Il n'y a pas d'explication à l'homosexualité, il
n'y a rien d'autre à faire que de constater l'homosexualité de son enfant. Ce
n'est pas un choix de sa part, mais un fait. En comprenant cela, j'ai
beaucoup avancé. Comme j'avais besoin de me confier de vive voix, de partager
ce qui m'arrivait avec d'autres personnes vivant la même chose, je me suis
tournée vers une association de parents d'homosexuels. J'ai participé à des
réunions, des rencontres. C'est ce qui m'a sauvée de l'enfermement ! Quand Caroline
a décidé d'en parler à son père, mon ex-mari, cela s'est très mal passé. Il a
refusé de la voir pendant six mois, lui lançant à la figure qu'elle n'était
plus sa fille. Pour lui l'homosexualité était un choix contre nature. Je lui
ai donné des livres et des articles à lire, j'ai tenté de lui expliquer.
Finalement, il a accepté de revoir Caroline, mais il n'aborde jamais le
sujet. Moi, je n'ai pas
choisi cette politique du silence avec ma fille. Ce qui m'importe avant tout,
c'est de maintenir le contact et la communication. Elle me raconte ses
aventures et ses coups de foudre, exactement de la même façon que mon fils
de16 ans me parle des filles dont il tombe amoureux. Je ne vois pas de
différence entre les amours de mes deux enfants. Caroline sait qu'elle peut
me présenter ses amies, que je les reçois sans problème. Au début, c'est
assez déstabilisant de voir sa fille avec une autre femme, puis on s'habitue.
De toute façon, Caroline ne pourra jamais changer, j'ai donc tout à gagner à
essayer de la comprendre… et tout à perdre en la rejetant. Aujourd'hui
qu'elle a 20 ans, je crois que Caroline a plus que jamais besoin de moi, de
mon soutien. Elle est en train de franchir un nouveau cap. Elle découvre la
crainte de l'agression et le regard parfois accusateur des autres, la
difficulté d'être différente. À 17 ans, elle sortait beaucoup en boîte homo
car elle avait sans doute besoin d'appartenir à un groupe, de rencontrer des
gens comme elle. Maintenant, elle recherche plutôt l'anonymat et ne veut
surtout pas être cataloguée comme homosexuelle. Elle redoute les propos
homophobes, les insultes : il faut savoir que cela arrive
malheureusement souvent. De mon côté,
je suis très discrète sur ma vie privée. Au travail par exemple, personne
n’est au courant de l'homosexualité de ma fille. Je n'ai pas envie d'être
obligée d'en parler ni que ce sujet devienne source de racontars au sein de
la petite entreprise dans laquelle je travaille. Même dans ma famille, je
n'ai jamais abordé la question ni avec ma mère, ni avec mes frères. Je ne les
crois pas prêts à recevoir cette nouvelle, à la comprendre, l'accepter. Tout
le monde s'en doute certainement, mais personne n'en parle… Alors que je me
sens capable de mener une croisade à l'autre bout de la terre pour que les
homos puissent vivre mieux et que les esprits s'ouvrent, je ne parviens pas à
le faire dans ma propre famille : Le frère de
Caroline était en revanche au courant bien avant moi, car sa sœur lui avait
fait des confidences. Mes deux enfants sont très complices et très liés. Éric
l'a très bien pris, comme quelque chose de parfaitement naturel. La jeune
génération est beaucoup plus tolérante et moins prisonnière de tabous que
nous. Cela me donne de l'espoir pour l'avenir de ma fille… » .
Catherine. |
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