# le 1er portail gay et lesbien de Normandie -

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

REPORTAGES

Sur la vie gay en Normandie

 

HOMO - HETERO : AMBIGUITE

UN HETERO CHEZ LES HOMOS

Par Fred (webmaster) 1999

 

HOMO - HETERO : AMBIGUITE

(autobiographie ?)

 

UN HETERO CHEZ LES HOMOS

(interview ?)

Vous avez appris à reconnaître les garçons et les filles quand vous étiez petit, mais maintenant, entre les hétéros et les homos, c’est comment ?

Depuis peu, on parle d’hétéromania pour les homosexuels et d’homomania pour les hétérosexuels. Des magazines avaient consacrés un dossier sur la tendance des Gays à ressembler aux hétérosexuels : codes vestimentaires, langages... On parle aussi d’une nouvelle mode (in Têtu) : la "frappette" (Frappé et Tapette !). Ce terme désigne les Gays au look des banlieues. Les adjectifs volent bas ces derniers temps.

"les hétéros adoptent désormais les codes vestimentaires Gays et les homosexuels ne s’y retrouvent plus." Exact ? Oui je le pense en partie. Mais il ne faut pas en faire une généralité. Il est assurément vrai qu’il y a de plus en plus de jeunes hétéros (et là je trace large de 16 à 27 ans) qui adoptent les dresscodes des Gays. Il est aussi vrai que les homos ne s’y retrouvent plus.

Témoignages d’amis hétéros - "On sort dans la plus part des bars Gays, l’ambiance est bien meilleur." - "Je ne sors que dans le Marais quand je vais à Paris" - "Comme boîte, le Traxx, c’est la meilleur, idem pour le Queen à Paris".

Maintenant faites bien attention quand vous draguez les mecs (ou filles) dans les bars Gay et Lesbiens : un hétéro peut s’y cacher.

On vous a déjà dit de ne pas tomber amoureux des hétéros, ça ne sert à rien, vous vous faites du mal ! Ouais mais c’est pas facile !

Exemple de situation où vous avez rencontré un garçon formidable : marrant, drôle, intelligent, sensuel, généreux, un mec bourré de contrastes mais complémentaire à la fois, enfin parfait, l’homme de votre vie. Pour vous, tout laisse à penser qu’il est Gay : il s’habille à la dernière mode : col en V, poches sur les côtés de son pantalon, pulls aux couleurs flamboyantes, ... vous apercevez son Calvin Klein au moment où il retire sa chemise (oui vous savez, quand le T-shirt vient avec et que vous avez votre nez juste devant son nombril). Il aime le Traxx, le Ku, le Queen, écoute Radio FG sur le satellite et cela fait longtemps qu’il vous accroche. Vous n’arrivez plus à vous concentrer sur votre travail. Vous ne dormez plus. Vous vivez un enfer ! Un jour, vous le croisez dans le Marais à Paris ou au Traxx, par hasard. Vous voulez videz votre sac et lui déclarer votre flamme :

(lui) - Tu sors souvent dans le quartier ?

(vous) - Oui très souvent... Toi, tu vas où ?

(lui) - Je vais souvent au XXL, au Ku (ex-opium), au Traxx

(vous) - Ah ouais ! j’apprécie surtout le XXL Bar

.../...

(lui) - Tu habites où ?

(vous) - Dans un studio étudiant, c’est très confortable...

(lui) - Ah ouais, c’est comme ma p’tite amie, elle a aussi à un studio d'étudiante

(vous) - Ah... euh... c’est bien ... et où ?

Bref, vous venez de prendre la plus grande claque dans la gueule de toute de votre vie ! Et les marques sont restées.

Alors comment faire pour savoir si il ou elle fait partie du "milieu" ?

Premièrement, ne jamais se fier au code vestimentaire.

Deuxièmement, ce n’est pas parce qu’il vous parle du Traxx, du Ku (qu’il aimerait bien y retourner) ou qu’il écoute Radio FG qu’il est PD. La house et la Techno sont devenues des effets de mode. De même, ce n’est pas parce qu’il fréquente les bars Gays qu’il est homo, enfin prévoir toujours un doute (Croyez moi par expérience !).

Alors quoi ? Et ben, il suffit d’un regard... il reste fixé à vos yeux pendant au moins 10 secondes (sans blague, dix secondes c’est long!). Vous attendez un geste attentionné... et il se crée un feeling. Attention, lui aussi peut avoir un doute sur votre sexualité alors n’oubliez pas de lui faire comprendre que vous en êtes également.

Conseil d’un membre de l’équipe de Gayrouen (Antoine) : "prévoir qu’un de vos amis viennent vous faire la bise". Mais bon, il y a aussi beaucoup d’hétéros qui se font maintenant la bise de plus en plus fréquemment.

Décidément... on s’y perd.

Dernier recours : "violez-le" ! et s’il aime ça et ben c’est quasiment dans la poche. Même avec cette dernière solution, il peut y avoir un doute. Là, je m’avance sur un terrain glissant. En effet, ce n’est pas parce qu’un mec fait l’amour avec un autre mec que les deux sont homos. Il est bi vous me diriez ? et ben non, il peut être hétérosexuel ! Réfléchissez : si vous (homosexuel) vous faisiez l’amour avec une femme (disons une fois), vous n’allez pas vous considérer comme hétérosexuel pour autant. Pour le mec, hétérosexuel, c’est le même principe, ce n’est pas parce qu’il a couché avec un mec qu’il est PD, il se considérera toujours comme hétéro.

Bref, il y a de nos jours, une réelle ambiguïté sur la distinction homo, hétéro sur le plan de l’image. Même si on peut trouver dommageable que les homosexuels n’arrivent plus à se retrouver, je pense néanmoins, que la société vient de faire un énorme progrès de reconnaissance sur le monde Gay.

Il se crée un mélange extraordinaire entre hétéros et homos : on dépasse les barrières de nos deux mondes. J’estime que c’est un grand élan de tolérance que la jeunesse actuelle offre à la société. C’est beau hein ?!

Au fait avec votre mec pseudo hétéro-homo et si vous lui demandiez s’il est PD tout naturellement ?

 

 

 

 

 

 

François Alleaume, 31 ans est correspondant pour un magazine d'architecture et responsable de la Galerie du Belay à Mt St Aignan. Ce jeune homme est tombé dans la marmite homo quand il était petit, mais... il est hétéro. François a beaucoup vécu dans le milieu Gay. Il a participé aux débuts de Radio FG, connu les prémices de la Techno. Les boîtes Gay n'ont plus de mystères pour lui (sauf le Queen).

 

- Quand as-tu découvert le monde Gay ?
Vers 13 - 14 ans, par hasard, en rencontrant un couple d'amis de ma tante. J'ai senti une certaine proximité. A cette époque j'ai pu mettre un visage, un caractère sur l'homosexualité.

- Comment s'est passé ton parcours au sein des homos ?
Au début, ça s'est fait avec un copain de collège, Jean-Baptiste, à la radio FG. Mais ce n'est que plus tard que j'ai appris qu'il était homo. Cela m'a permis de connaître le GAGE (un groupe d'étudiants homos). A radio FG en 1991, je faisais une chronique musicale sur les groupes indépendants français. Je m'occupais aussi un peu de la technique pour dépanner. Tout ceci ma permis de connaître une certaine ambiance.

- Quel genre d'ambiance ?
La radio est un lieu de passage. On fait des émissions. On était assez libre. La programmation n'était pas encore Techno... mais très hétéroclite. J'ai appris à connaître une grande diversité dans la façon d'être. J'ai beaucoup appris. J'ai vécu dans un espace où j'étais minoritaire. On ne m'a jamais dit "Qu'est-ce que tu fais là ?". J'ai beaucoup apprécié cet accueil.

- Tu fréquentes beaucoup de lieux Gays...
Il est vrai que je sors dans beaucoup d'endroits Gays. Mais je sortais simplement pour m'amuser. Il me faut de la bonne Techno et le rapport techno-gay existe dans de tels endroits et pas ailleurs. Le reste ne m'intéresse pas.

- Pendant un moment de ta vie tu as été entouré exclusivement d'homos...
C'était un hasard. Je suis très proche de mes amis et il y avait finalement très peu de différences. Le désir, l'amour : en soi les sentiments sont les mêmes. De plus, j'apprécie une certaine folie que je recherchais.

- Cette "folie" n'existait pas ailleurs ?
En quelque sorte oui. Même si je n'aime pas parler en terme de groupe. Il y a tout un esprit. Une volonté de ma part de me divertir. J'avais la chance de sortir avec des gens pour aller au théâtre, au cinéma, en boîte ; les choses ne sont pas séparées. Je n'aime pas les barrières.

- Tu es très imprégné de la Gay Culture ?
Oui et non. Oui parce que culturellement je tombais, sans le faire exprès, sur des artistes Gays. J'étais aspiré par un monde que je ne connaissais pas. il est exact que j'intègre des codes vestimentaires parfois, des façons d'être. Cela m'a d'ailleurs posé des problèmes. Ce qui me touche beaucoup, ce n'est pas l'homosexualité chez les artistes, cela importe peu. Ce qui m'attire c'est la création. Cette création va au-delà de tout ça. Non, parce qu'il y a des mythes que je n'intègre pas. Je ne suis pas très sensible à cela. Je n'ai pas été voir " Prescilla" d'ailleurs.

- Qu'est-ce que tu reproches ou rejette chez les hétéros ?
C'est le conformisme. Intégrer son prochain dans un moule et le refus de la différence. C'est cela qui m'a rapproché du monde gay. Dans les années 70, un cheval de bataille du monde gay, c'était la différence. Chez les hétéros, il y a ce manque de différence. Je me sens toujours senti différent. D'un autre côté, c'est un attrape-nigaud car chacun est différent. C'est une illusion pour le monde gay de dire le droit à la différence. Je n'arrive pas à m'intégrer dans un groupe. C'est une phobie chez moi.

- Et pourtant le monde Gay... ?
Non, car je me sens différent même s'il y a beaucoup de ressemblances entre les individus. Les différences amènent la confrontation. Cela ne fait qu'augmenter les clichés sur chacun : fêtards, abondance sexuelle... Il n'y a pas que ça. Il y a une grande richesse dans le monde Gay.

- Qu'est-ce-que tu reproches au milieu homosexuel ?
Je répondrais à ta question en disant que je suis revenu à ce que je recherchais... ma recherche sur ma différence. Ce qui est dommage, c'est l'absence d'échanges entre les deux mondes. Mais en même temps je comprends cela : il y a une volonté de vivre dans une société isolée de toute agressivité.

- C'est pas un peu idéaliste de dire ça ?
Oui je sais. Il y a comme une sorte de ghettoïsation. Un hétéro ne va pas aller dans un bar gay parce qu'il est gay. Il ne s'intéressera pas à la déco ou à la musique de ce bar. Je trouve cela regrettable.

- Pour en revenir à la question : tes reproches sur le milieu... ?
Le milieu crée de l'exclusion. Certains recherche trop l'être idéal. Ceux qui s'intéressent trop à l'homosexualité sont considérés comme des refoulés... c'est frustrant. je préfère être entre plusieurs groupes formant un seul monde.

- Il y a les filles à pédés, mais si on parlait de mec à pédés penses-tu que l'on pourrait de l'appliquer ?
Je trouve ridicule cette expression. Ce que je préfère c'est communiquer, être naturel... mais je pense l'être dans le sens où j'aime bien avoir des rapports enrichissants, aller au-delà de notre sensibilité. Néanmoins ce n'est pas plus qu'autre chose.

- Les autres hétéros comment te voit-il dans le milieu homo ?
Ah ! Je me suis déjà fais traiter de pédé parce que j'ai intégré des codes. Ce que je trouve gênant, c'est le refus de l'homosexualité de certains car cela s'oppose aux valeurs viriles de l'homme. Cette peur de connaître l'autre. Mais ce que je déteste aussi, c'est l'acceptation molle de la part des hétéros face à l'homosexualité. Il y a parfois un côté qui sonne faux : on se plaît d'avoir de beaux sentiments mais il n'y a rien de sincère. Par exemple sur la phrase type : " Moi je connais des homos...". C'est agaçant ! Ce n'est pas de l'amour de l'autre, c'est de l'utilisation.

- Tu t'es déjà fait draguer par des mecs ? Ne dis pas non, je ne te croirais pas.
Oui oui oui. Ce qui est difficile, c'est de dire non car rien n'est possible. Je n'ai jamais désiré un homme et ce n'est pas mon truc. Et c'est difficile de le dire parce que cela crée une barrière. De plus, déclarer ses sentiments à un autre c'est toujours touchant. Par conséquent ma situation est très délicate... car mon refus est nuancé. Ce n'est pas une négation de l'autre mais une impossibilité.

- Je suppose que tu approuves pleinement les revendications actuelles du milieu Gay, sur le PACS notamment ?
Parfois, j'ai l'impression qu'il y a une course à intégrer des systèmes de valeurs que moi je n'intègre pas : mariage, famille. Cela peut paraître dommage mais en soi, j'ai toujours trouvé injuste et dégueulasse que l'union homo ne soit pas reconnue. C'est un refus de reconnaître leur existence. Ces droits doivent être basés sur les valeurs républicaines. Il y a une lacune du système. Il faut y remédier.

Pour finir, tu aurais une chose à ajouter ?
Cette interview n'aurait pas dû exister. Car il ne devrait pas y avoir de différences. Mais je l'ai acceptée car cela permet de créer des liens, un échange avec les autres.

 

 

© Fred for Gaynormandie.com – 2002 / 2005 – tous droits réservés