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dossier spécial

LEGISLATIVES 2007

en Normandie

 

 

 

INTERVIEW DE DAMIEN CESSELIN

PARTI SOCIALISTE – 4ième Circonscription

Blangy, Cabourg, Cambremer, Dozulé, Honfleur, Pont-l'Evêque, Trouville

CANDIDAT AUX ELECTIONS LEGISLATIVES

 

 

 

Gaynormandie : Comment avez-vous vécu l’élection du 6 mai dernier ?

Damien Cesselin : Après avoir ressenti la satisfaction, quinze jours auparavant, de voir la gauche parvenir enfin au deuxième tour, douze ans après 1995, j’ai évidemment été très déçu du résultat car je me suis investi à fond dans cette campagne. Les convictions ultralibérales, répressives, moralisatrices et atlantistes de Nicolas Sarkozy me font peur pour l’avenir de la République.

 

 

Quels enseignements tirez-vous de cette élection ?

Comme le nouveau Président de la République a su le faire, la gauche doit apprendre à être plus directe et plus simple dans ses arguments, en mettant en avant ce qui fait son identité : la défense des plus faibles et la volonté de corriger les inégalités et les injustices. Dans cette campagne, il aurait fallu parler sans cesse de l’échec de Nicolas Sarkozy en matière économique et sécuritaire et mettre mieux en avant nos propositions concernant l’emploi, le pouvoir d’achat et le logement. C’est ce que je m’efforce de faire dans cette campagne législative. Sur la forme, je cois qu’il faut continuer de développer la démocratie participative (débats participatifs, comptes-rendus de mandat, budgets participatifs) : les citoyens doivent s’investir dans la politique pour éviter que celle-ci ne soit monopolisée par quelques-uns.

 

 

En tant qu’homme quelle est votre approche personnelle de l’homosexualité ? A quel âge et dans quelles circonstances avez-vous découvert son existence, et quelle a été votre réaction ?

Je pense avoir pris conscience de l’homosexualité vers 10 ans et en avoir parlé avec ma mère, qui m’a fourni quelques explications. Plusieurs de mes ami(e)s et une personne de ma famille très proche sont homosexuels. Certains fréquentent du reste une plage renommée de la 4e circonscription, dûment répertoriée sur votre site… Mais l’orientation sexuelle de tel ou telle ne constitue pas un critère de jugement sur les qualités et les défauts de la personne concernée. L’étude parue il a quelques jours dans Le Monde selon laquelle les jeunes hommes homosexuels sont beaucoup plus sujets au suicide que la moyenne appelle une réflexion de la société sur le respect de l’autre et l’acceptation de la différence.

 

 

Quelles sont vos propositions sur l’union homosexuelle ? (mariage, pacs, union civile…) ?

Sous le gouvernement Jospin, les déclarations démagogiques et haineuses de la droite m’ont scandalisé. Le PACS a constitué une avancée formidable vers l’égalité des droits, l’une des lois emblématiques de cette législature, mais on peut regretter qu’il ne soit pas allé au bout de l’égalité des droits fiscaux et successoraux. En vérité, rien à mes yeux ne doit plus faire obstacle au mariage homosexuel, qui est déjà possible dans plusieurs pays européens sans que cela pose problème. Le Pacte de Ségolène Royal était à cet égard très clair puisqu’il comportait la proposition suivante : « garantir l’égalité des droits pour les couples de même sexe ». Le PS a au demeurant présenté plusieurs propositions de lois pour ouvrir le mariage aux couples homosexuels, textes toujours rejetés par la droite.

 

 

Quelle est votre approche sur l’adoption homosexuelle et vos propositions ?

En matière d’adoption, le but à atteindre est selon moi le bonheur des enfants adoptables, certainement pas la satisfaction des personnes en attente de parentalité ni l’entretien de réseaux mafieux de trafic d’enfants. A cet égard, nul n’a démontré que les enfants de parents homosexuels (qu’ils soient issus d’une liaison hétérosexuelle antérieure à l’affirmation de l’orientation sexuelle ou qu’ils aient été adoptés par une personne déclarée célibataire) soient moins bien élevés que les autres. La question est indissociable de celle de l’homoparentalité : il faut aussi tenir compte de l’existence de familles homoparentales de fait, qui ont le droit d’être reconnues comme des familles à part entière, notamment afin de créer un lien juridique incontestable entre l’enfant et le conjoint de son père ou de sa mère, que la filiation avec ce dernier soit biologique ou adoptive. La seule solution réellement protectrice pour les enfants, c’est l’adoption : l’enfant adopté continue d’être élevé par le parent survivant en cas de décès de l’un d’eux, il reçoit automatiquement une part d’héritage et n’a pas à subir comme les enfants adultérins d’autrefois la stigmatisation de la société.

 

 

La dernière législature a crée la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations – toutes les discriminations). Comment percevez-vous cette autorité ? Pensez-vous qu’il faudrait étendre ses pouvoirs ?

La création de cette nouvelle autorité administrative indépendante est davantage due à une directive européenne de 2000 qu’au volontarisme de la majorité sortante. Du reste, en 2006, son budget était inférieur à 11 millions d’euros, ce qui entraîne une attente de plusieurs mois pour le traitement des dossiers, de nature à dissuader les requérants potentiels. En tout cas, la création de la HALDE n’a pas mis fin aux discriminations, ce qui m’incite à penser que ses pouvoirs d’investigation devraient être étendus, sans pour autant qu’elle ne se substitue à la justice.

 

 

La législation contre l’homophobie est-elle suffisante à vos yeux aujourd’hui ?

L’homophobie, comme tous les comportements de haine, est un fléau. Elle sévit malheureusement tout près de nous. Un réserviste de la gendarmerie m’a raconté qu’un de ses chefs avait déclaré devant la troupe au garde-à-vous : « Les pédés n’ont rien à faire chez nous. » Au rapport suivant, deux jeunes manquaient à l’appel. Ils manqueront à la gendarmerie, qui a besoin d’être diverse pour mieux représenter la nation, comme tous les corps de l’Etat. Je ne crois cependant pas qu’il soit nécessaire de légiférer pour se faire plaisir car les textes en vigueur sont suffisants, à condition que les pouvoirs publics aient la volonté de les faire appliquer ! A cet égard, l’Etat ne donne pas l’exemple en fermant les yeux sur les propos homophobes et les discriminations dans ses institutions mêmes. Et je crains que la situation ne s’aggrave : spécialiste du double discours, le Président de la République a crié en son temps avec les loups contre le PACS et il vient d’accorder l’investiture UMP à Christian Vanneste, en dépit de ses propos homophobes ignobles, répétés et assumés.


 

 

Insultes, rejets, agressions,… la lutte contre l’homophobie doit certainement s’axer sur l’éducation et notamment de nos plus jeunes. Pensez-vous qu’il serait nécessaire d’éduquer les plus jeunes à la tolérance sur les différences entre les individus et notamment sur les différences liées aux orientations sexuelles ?

Le recul des discriminations et l’acceptation de l’autre passent en effet avant tout par l’éducation, et l’explication doit précéder la punition. L’évolution des mentalités nécessite aussi de revoir l’éducation à la sexualité, comme le préconisait une circulaire de Jack Lang de 2001 à destination des lycées et des collèges. J’ajoute que l’épidémie de sida recommence à gagner du terrain, notamment chez les jeunes gays. Même si le Calvados reste relativement épargné, une contamination est une contamination de trop ; donner à l’école les moyens de lutter contre le sida est une nécessité vitale.

 

 

Dans un peu plus de 80 pays dans le monde, l’homosexualité est toujours punie d’emprisonnement, de sévices corporels, de déportation voir de peine de mort, en tant que député que pourriez-vous faire pour influencer ces nations pour qu’elles modifient leur législation ?

Comme vous le savez, un député français n’a aucune prise directe sur la législation des pays étrangers. Je m’engage toutefois à défendre les droits de l’homme dans tous les cas où ils sont bafoués, par le biais de la « diplomatie parlementaire » conduite dans le cadre des groupes d’amitiés, mais aussi en interpellant le Gouvernement et en continuant de participer aux mobilisations citoyennes, notamment contre la peine de mort en général et la peine de mort frappant les homosexuels en particulier. 

 

 

Lors de votre campagne avez-vous des contacts avec des associations gays et lesbiennes ?

Hormis « gaynormandie », aucun. Dans le Pays d’Auge, de telles associations ne courent pas les rues…

 

 

© Interview Fred (gaynormandie.com) / Damien Cesselin

 

 

 

 

 

 

 

Sont également candidats sur cette circonscription :

Nicole Ameline (UMP), Pierre Mouraret (PCF), Maryse Bouvard (MPF), Nicole Fernandez-Bravo (Verts), Colette Gadiot (FN), Michel Sidortchouk (LCR), Patrick Poirot-Bourdain (LO), Georges Marchand (Communistes), Christophe Ménard (CNIP), Magda Maffezzoli (France en action), David Simhon (Alternative libérale), Emmanuelle Marie, Frédéric Chazal (UDF Mouvement démocrate).

 

 

 

 

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