Interview : Sébastien Monod, romancier

photo_sebastien_monod1SĂ©bastien Monod, normand de 37 ans vivant Ă  Rouen est auteur de nombreux romans. Il n’est pas cataloguĂ© auteur gay mĂŞme si la question fait partie de son dĂ©cor. Gaynormandie l’a rencontrĂ©…

Gaynormandie.com : A quel âge as-tu Ă©tĂ© passionnĂ© par l’Ă©criture et pourquoi ?

SĂ©bastien Monod : Je dis souvent que j’ai commencĂ© Ă  Ă©crire Ă  l’âge de six-sept ans. Ce n’est pas une plaisanterie car dès que j’ai su maĂ®triser l’Ă©criture et le dessin, je me suis amusĂ© Ă  griffonner des feuilles, après les avoir dĂ©coupĂ©es et agrafĂ©es, puis Ă  rĂ©diger et Ă  mettre en images des petites histoires. C’Ă©tait surtout mes grands dĂ©buts dans le journalisme ! Mais c’est vrai que l’envie de raconter Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©sente. Les vrais premiers textes littĂ©raires sont nĂ©s Ă  l’âge de quatorze ans. Des poèmes, j’en ai Ă©crit des centaines, avant de me mettre aux nouvelles et d’essayer le roman. On pourrait croire que les Ă©crivains sont des passionnĂ©s de lecture, ce n’est pas forcĂ©ment vrai. En ce qui me concerne, je lisais un peu, mais pas Ă©normĂ©ment. Pour rĂ©pondre au « pourquoi » de la question, je dirais que si je me suis mis Ă  Ă©crire, c’est surtout par nĂ©cessitĂ© : enfant rĂ©servĂ©, je n’avais aucun autre moyen de communiquer que l’Ă©crit.

GN : Que recherches-tu dans l’Ă©criture ?

SĂ©bastien Monod : Aujourd’hui, adulte, l’Ă©criture est toujours un besoin vital, j’ai l’impression de ne pas ĂŞtre vivant quand je ne produis rien : les temps post-rĂ©daction sont comme des petites morts. Au-delĂ  de l’anecdote, le besoin d’Ă©crire est rĂ©ellement impĂ©ratif, c’est mĂŞme de l’ordre de l’addiction. Je recherche un espace de libertĂ© totale, une zone de non-droit oĂą les seules contraintes sont techniques : orthographe irrĂ©prochable et erreurs grammaticales limitĂ©es. Le reste m’appartient : dans cette zone, je fais ce que je veux. Bien sĂ»r, il y a une autre donnĂ©e, primordiale : le lecteur. J’Ă©cris des romans pour qu’on les lise et si possible qu’on n’en sorte pas indemne. Ma volontĂ©, lorsque je me mets devant ma page blanche, est de le provoquer tout en essayant de ne pas le choquer. Beaucoup croient que ce sont les textes les plus « sĂ©rieux » qui font bouger les choses, c’est faux ! Sous une forme lĂ©gère, on peut faire passer des messages de taille. Il me semble d’ailleurs qu’il s’agit d’un des (rares) points d’entente entre les philosophes Michel Honfray et XXX Finkelkrau : le roman est un gisement de thèmes philosophiques.

GN :Est-ce un boulot Ă  plein temps, as-tu d’autres passions et que fais-tu en dehors de l’Ă©criture ?

SĂ©bastien Monod : L’Ă©criture n’est pas ce qui me fait vivre actuellement, hĂ©las. J’ai Ă©tĂ© journaliste et je travaille aujourd’hui dans la communication dans le domaine culturel, des mĂ©tiers tout aussi « prĂ©caires ». Il faut bien avouer que je n’ai jamais choisi la facilitĂ©.

2154rGN : On ne peut pas dire que tu es un auteur cataloguĂ© « gay » car tout tes romans ne sont pas axĂ© essentiellement sur la question lgbt mĂŞme si cela fait partie du dĂ©cor… est-ce volontaire ?

SĂ©bastien Monod : Tout Ă  fait. J’accepterais d’ĂŞtre cataloguĂ© « auteur gay » si j’Ă©tais un pur militant ; or, je ne le suis pas. Ce n’est pas mon but premier. Je ne veux pas dire que cela m’indiffère, non, mais seulement que j’aspire Ă  l’ouverture plus qu’au repli. Le communautarisme est apprĂ©ciable dès lors qu’il y a des revendications et que le besoin de se faire entendre est nĂ©cessaire. Je suis persuadĂ© qu’on arrive d’avantage Ă  faire bouger les mentalitĂ©s en distillant les donnĂ©es positives. Dans chacun de mes romans, il y a un personnage gay, du moins un personnage qui n’est pas figĂ© vis Ă  vis de sa sexualitĂ©, ou plutĂ´t de son identitĂ©. Tous mes romans, quand on y rĂ©flĂ©chit, Ă©voquent un cheminement identitaire. Ce que j’aime avant tout, c’est montrer qu’on n’est peut-ĂŞtre pas celui ou celle qu’on croit. Rien n’est figĂ©, un ĂŞtre humain est une entitĂ© en perpĂ©tuel mouvement, physiquement bien entendu, mais surtout mentalement et dans sa capacitĂ© Ă  s’accepter en tant que personne.

GN : Où trouves-tu ton inspiration ? Dans ta propre expérience ?

SĂ©bastien Monod : La plupart du temps, l’inspiration vient de l’extĂ©rieur : une situation observĂ©e dans la rue ou lue dans un roman et que je m’approprie. Mon dernier roman en date (non publiĂ© encore) est nĂ© d’une chanson de Pierre Lapointe, La reine Émilie ! Une partie de Rue des Deux Anges a vu le jour grâce Ă  un fait divers que j’avais dĂ©coupĂ© dans la presse locale, une sordide affaire de fĹ“tus congelĂ©s.

couv_sitcomGN :  Que penses-tu de la littérature gay ?

SĂ©bastien Monod : Je pense qu’il y a, Ă  notre Ă©poque, de très bons ouvrages traitant frontalement ou non de l’homosexualitĂ©, ce qui n’Ă©tait guère le cas – ou de façon plus sporadique – lors des dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes. Dans les annĂ©es soixante-dix, la littĂ©rature « gay », encore au placard, tentait de prendre le train de la libĂ©ration des mĹ“urs. Les annĂ©es quatre-vingts Ă©taient revendicatives et pas toujours subtiles. La fin des annĂ©es quatre-vingts et les annĂ©es quatre-vingts dix ont Ă©tĂ© marquĂ©es au fer chaud par les annĂ©es SIDA et la plupart des Ĺ“uvres n’ont abordĂ© leur histoire que par ce biais. Aujourd’hui, les homos existent, ont une visibilitĂ©, la « communautĂ© » a pleurĂ© ses morts et pansĂ© ses plaies, on peut parler des homos de façon plus « gĂ©nĂ©raliste » : l’homosexualitĂ© n’est plus le point de dĂ©part d’une histoire, mais une de ses composantes.

GN :  Quels sont tes auteurs favoris ?

SĂ©bastien Monod : Parmi les contemporains, j’ai une prĂ©fĂ©rence pour les romans de Philippe Besson, AmĂ©lie Nothomb, Gilles Leroy ou Armistead Maupin. J’attends avec une impatience non contenue le deuxième roman de Jean-Baptiste Del Amo, son Éducation libertine m’avait bouleversĂ©. Parmi les classiques, j’apprĂ©cie la virtuositĂ© de la langue chez Flaubert, le sens du rĂ©cit chez Maupassant, le rĂ©alisme et les grandes fresques humaines de Balzac et de Zola, sans oublier Marguerite Duras qui n’a pas son pareil pour Ă©voquer avec subtilitĂ© les grands espoirs, les rĂŞves fous et les amours improbables.

annataimeGN : Tu sors un nouveau roman, tu peux nous en dire quelques mots… ?

SĂ©bastien Monod : Anna t’aime est un roman « de jeunesse » Ă©crit il y a une petite dizaine d’annĂ©es et que j’avais enfermĂ© dans un tiroir. Ă€ l’occasion d’un concours national dont le thème Ă©tait « Reflets de femmes », j’ai jugĂ© qu’il Ă©tait grand temps de lui faire prendre l’air et je l’ai envoyĂ©, mais sans plus de conviction. Ma surprise a donc Ă©tĂ© immense de le voir figurer dans les dix premiers sur plus de trois cents textes ! Certes, il n’a pas gagnĂ© le prix, mais il s’est fait remarquer, ce qui lui a permis d’ĂŞtre publiĂ©. Dans ce roman, il est question du parcours d’une femme folle amoureuse d’un jeune et beau gymnaste, slave d’origine, prĂ©nommĂ© Dragan… un parcours semĂ© d’embĂ»ches et pas des moindres car celui-ci lui avoue qu’il n’aime que les garçons. Commence pour Anna, mon hĂ©roĂŻne, un long processus pour le convaincre qu’il fait erreur, puis que c’est peut-ĂŞtre elle qui fait fausse route. Mais c’est sans compter sur l’obstination d’Anna qui l’aime d’un amour irraisonnĂ©, mais quel amour ne l’est pas ?

GN :  Un dernier mot ?

SĂ©bastien Monod : Je suis assez bavard, donc je ferai court en disant simplement que l’annĂ©e 2009 est un très bon cru pour moi : trois romans publiĂ©s chez deux Ă©diteurs diffĂ©rents, on ne peut guère rĂŞver mieux ! Je conseille Ă  ceux qui le souhaitent d’aller se balader sur mon site (www.sebastienmonod.com) pour dĂ©couvrir ces autres romans (Sitcom, aux Éditions Textes Gais et Donnez-leur le repos Ă©ternel, aux Éditions Publibook).

Sélection Livres :

SITCOM « Il est des hasards et des coĂŻncidences… Julia, Betty, GaĂ«l et Maxime sont trentenaires, tous Ă  la recherche de quelque chose. L’amour, la gloire, un emploi ou une nouvelle vie. Ces quatre-lĂ  vont se croiser Ă  Paris, carrefour de tous les rĂŞves et de toutes les convoitises. Tous aussi diffĂ©rents les uns que les autres, ils vont pourtant finir par faire un bout de route ensemble. » (Editions Textes Gais)

ANNA T’AIME « Dragan, cet irrĂ©sistible gymnaste d’origine macĂ©donienne, ce sportif Ă  se faire damner toutes les saintes que la Terre ait portĂ©es, Lisa l’a aussi dans la peau. ToquĂ©e de lui, pensant Ă  lui jusqu’Ă  l’overdose, la chorĂ©graphe se heurte pourtant Ă  quelques obstacles de taille : tout d’abord la relation amicale que tous deux entretiennent, mais surtout ces insinuations vĂ©hiculĂ©es par l’Ă©phèbe qui prĂ©tend ĂŞtre homosexuel. » (Editions Publibook)

Vous pouvez aussi rencontrer Sébastien sur le forum de gaynormandie sous le pseudo Mercredi.



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